
Voilà un dessin que j'ai réalisé un soir - enfin, une nuit - de cet été à l'atelier. Il n'y avait pas âme qui vive et il régnait un spleen jaune d'oeuf. En fait, c'était affreux, ah ah. Je me demande s'il n'est pas trop sombre. J'ai voulu délester les noirs, mais je le trouvais plus fade. Dans ce coin de l'atelier, il fait vraiment sombre. Je crois que c'était au retour d'Urbino ; alors que les croquis d'Urbino sont emplis de joie, celui-ci était sensé une incarner une certaine mélancolie. Quoiqu'en y repensant, mon objectif suprême est certainement d'instiller de la mélancolie dans
tous mes travaux ! Hé, hé, je plaisante, bien entendu.
Les premiers sont N&B, plus secs, le deuxième est en couleur. Assez paradoxal. Non, en fait ce n'est pas si paradoxal, si on considère que le N&B sollicite, afin d'être complété, l'imagination du spectateur ou du lecteur, flattant en tapinois son ego, déployant l'arsenal marketing minutieux de la conquête cognitive, sans même que ces derniers aient pu à vrai dire en prendre conscience, trop occupés qu'ils sont à leur travail de coréalisation.
Au moment où la couleur impose sans recours son interprétation de ce qui est. Il n'y a pas de partage, pas de coopérative possibles. Elle donne juste à voir, mais n'autorise personne à pénétrer en elle. C'est très égocentrique, très égoïste aussi, en somme, mais ce qu'elle perd en consensualité et en esprit de corps, elle le recouvre en pédagogie et en franchise.
Et lorsqu'on est un peu cafardeux, on est volontiers enclin à regarder son nombril et à imposer sa vision finie du monde, on est très égocentriques et grandiloquents. On veut bien reconsidérer l'idée de l'existence d'autres individus, à la limite, mais pour en réduire le champ de réalité à une fonctionnalité sociale et multimedia de récepteurs dignes d'élargir un peu de leur champ de connaissances. On dirait que j'ai demantelé et exhumé au grand jour les tenants et les aboutissants de l'histoire de l'Art, hé hé, i'm a bad boy.
Enfin, sérieusement, il y a quelque chose de pourri et de fascinant dans tout çela, qui me trouble. Fascinant comme le Vendée Globe, dont je regardais le départ tout à l'heure, sur le
service public. Et qui participe, analogie heureuse et circonstancielle, de la même logique ambigüe, dans le rapport qu'ont les gladiateurs marins à la foule. Je trouve.